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  • Joelle Razanajohary

Marre du 8 Mars!

Le 05 mars 2019

Je suis fatiguée du 8 mars ! Ce soir, sur Arte, sera diffusé un documentaire présentant des cas de religieuses abusées par des prêtres, forcées d'avorter pour celles qui avaient le malheur de tomber enceinte et en même temps rejetées par les communautés en question et par leur famille ! On ne peut même plus parler de double peine. Hasard du calendrier ou programmation réfléchie ? Nous sommes le 5 mars. Vendredi, le 8 mars, comme chaque année, les hommages à ‘La Femme’ se multiplieront et rempliront nos boites aux lettres de prospectus vantant moult produit qui nous promettent un visage plus radieux ou une culotte à bas prix…

Soupir ! Ou plutôt non, colère ! C’est indécent à la fin ! A quoi sert-il d’offrir une journée à la femme, aux femmes ou aux droits des femmes, alors même que les choses changent si peu ? Si lentement ? Ces hommages ne servent à rien si les engagements concrets ne sont pas tenus. Je suis en colère comme le sont certainement ces afro-américains, parents d‘enfants tués simplement parce qu’ils étaient noirs et que la police suspectait la présence d’une arme, face au MLK day (Le 20 janvier) … A quoi cela sert-il donc de commémorer des personnes qui ont porté des valeurs et une parole forte, ou d’honorer une catégorie particulière de la population, en le ou les mettant en lumière un jour et ensuite de retourner à ses habitudes racistes ou sexistes ?

Thierry Receveur, prof de philo à Epinal, parle ainsi des commémorations : « C’est à se demander si ce n’est pas, finalement, notre incapacité à relever les défis du moment qui justifie les commémorations ! Ersatz symptomatique de notre impuissance, pour parler comme Nietzsche. (...) Ces hommes d’autrefois, dont nous célébrons les hauts faits ou rappelons les drames, ne se souciaient pas de l’histoire : ils agissaient sans crainte du devenir, pour le meilleur comme pour le pire. (…) On commémore les événements historiques comme si nous pouvions, par ce biais, influencer le cours de l’histoire, en essayant de nous amender, de nous corriger, de nous reprendre : mais l’histoire n’intègre pas, dans son évolution, la commémoration… Non seulement cette dernière n’empêche rien, mais c’est à se demander, sur le plan de l’inconscient, si elle ne favorise pas ce qu’elle prétend combattre… Quoiqu’il en soit, il faut dénoncer ici une certaine manipulation, ou au mieux une grave illusion. (…)

Commémorer pour ne pas oublier ? D’accord, mais un souvenir n’a de sens que s’il influence notre vie quotidienne. S’il est comme un vieux costume rangé au fond du placard pour ne servir qu’une fois par an, le jour du carnaval, son utilité est purement symbolique. La connaissance de l’histoire est utile, mais cette condition nécessaire n’est pas suffisante. Il faut la connaître en vue d’agir : les mêmes égarements, les mêmes aveuglements une fois dénoncés comme tels ne produiront pas, à cette seule condition, les mêmes effets. »


Oui, c’est indécent à la fin de tant parler des femmes. De celles qui sont assassinées par leurs conjoints ou ex-conjoints simplement parce qu’elles refusaient de continuer à vivre ce qu’elles vivaient. De celles qui sont violées et regardées comme des coupables lorsqu’elles osent tomber enceinte, (c’est à dire lorsque leur corps rend visible l’affront qu’elles ont subi), ou encore lorsqu’elles se permettent de dénoncer leurs violeurs. De celles qui sont méprisées et humiliées sur les réseaux sociaux. De toutes celles qui ne rentrent pas dans les cases de la norme. C’est indécent de tant parler … Et d'en faire si peu, juste le temps d'une journée ou d'un scandale. Saupoudrage inutile de paroles qui ne sont pas enracinées dans une volonté de passer aux actes, que ce soit à la SBC aux Usa ou au Vatican. Mince, serais-je en train de devenir féministe…